Par Julie Turgeon

La culture vietnamienne à l’honneur

Ils n’ont pas encore pignon sur rue, mais ça ne devrait tarder. Le nouveau Centre culturel vietnamien de Ville Mont-Royal, fondé à la fin de 2017, sans tambour ni trompette, vient de commencer ses activités. La Semaine culturelle vietnamienne, se déroulant du 20 au 27 septembre, est leur premier événement. Trois questions à sa fondatrice et présidente, Kim Phuong Nguyen.

Oeuvre de la jeune peintre monteroise Tatum Le, membre de ArtTram. PHOTOS COURTOISIE

Saigonnaise d’origine, Kim Phuong Nguyen, 58 ans, est arrivée au Canada en 1975. Elle habite Ville Mont-Royal depuis 22 ans, et travaille dans le secteur paramédical. Qu’est-ce qui vous a amené à la création de cet organisme culturel?
Mes parents et moi sommes arrivés ici en 1975. Je fais partie de la première vague de réfugiés du Vietnam. Mais je ne suis pas une « boat people »; je suis arrivée en avion ! Même si je me suis longtemps considérée comme réfugiée…J’étais adolescente à ce moment-là, et pendant longtemps, le Vietnam était très abstrait et très théorique pour moi. Puis au début de ma quarantaine, j’ai commencé à me poser des questions par rapport à mon pays d’origine. Dans ma quête identitaire, je voyais ma fille, née ici, qui devenait une jeune adulte. Puis j’ai compris qu’elle ne cherchait pas, comme moi à l’époque, à s’intégrer, mais plutôt à bien s’enraciner. Et qu’il ne fallait pas qu’elle oublie ses « racinettes », qui se trouvent au Vietnam. C’est comme cela que ma réflexion a cheminé, sur comment avoir une plateforme ou un lieu où les jeunes générations pourraient se retrouver, se redécouvrir et partager quelque chose.

 

Parlez-nous du mandat du centre culturel vietnamien.
C’est important de voir le centre culturel, c’est une métaphore, mais comme un jardin de roses. Nous avons besoin de jardiniers, qui cultivent cette culture — qui doit rester vivante. Très souvent, les associations communautaires ou culturelles vietnamiennes cultivent une culture morte, une culture folklorique, une culture de leur temps, de leur époque. Un musicien qui joue du jazz avec un monocorde vietnamien par exemple ( tel le Quintet Huu Bac au programme de la Semaine culturelle ), ce n’est pas la culture vietnamienne pour eux, tandis que pour nous, c’est la culture vietnamienne, mais qui évolue avec sa société d’accueil. Cette diaspora vietnamienne, elle continue à développer sa propre culture et c’est pour cette raison qu’il faut absolument en parler, une personne à la fois. Alors c’est cette ouverture que j’aimerais explorer avec les jeunes générations. Qu’ils soient Québécois, Vietnamiens de coeur ou d’origine, d’ici et d’ailleurs

 

Un exemple d’activité à l’honneur au Centre?
Nous prévoyons des cours de vietnamien pour adultes qui s’adressent autant aux Vietnamiens d’origine, que ceux de deuxième ou troisième génération qu’aux familles élargies. Quand je parle de familles élargies, je parle de toute cette communauté de parents adoptifs, de conjoints ou d’enfants de couples mixtes, qui aimeraient bien parler la langue mais qui n’y arrivent pas, parce que c’est difficile. Il faut savoir que les cours qui sont donnés ici en vietnamien sont, en général, basés sur une méthode traditionnelle pour des Vietnamiens qui vivent dans un milieu familial vietnamien.