Gens du pays…

André Duchesne La Presse | septembre 2021

 

Alors qu’un hiver rigoureux s’abat sur le Québec, un gouvernement d’extrême droite prend le pouvoir et ferme les frontières. Deux femmes ayant peu en commun, Phuong et Roseline, quittent le pays et laissent derrière elles deux hommes et un garçon, Hiên, Alex et Junior. Ces derniers essaient de se reconstruire une famille de la diversité.

Le meilleur pays du monde
Le meilleur pays du monde

Reflet de notre époque, le long métrage Le meilleur pays du monde s’ajoute à plusieurs œuvres récentes, du Québec comme d’ailleurs, qui abordent les questions d’une certaine radicalisation de la population face à l’immigration.

 

D’un film à l’autre, le sentiment de préoccupation face au phénomène est omniprésent, mais avec un traitement narratif varié. Ainsi, le réalisateur Ky Nam Le Duc aborde le sujet dans une approche minimaliste, mais dont l’impact est tout aussi percutant.

 

Dépouillé de tout artifice, le film utilise le décor hivernal, particulièrement glauque et menaçant, comme métapho re du repli sur soi d’une frange importante de la population.

 

Le cinéaste évite le machiavélisme. Il ne cantonne pas son histoire entre eux et nous. Il ne regroupe pas tous les immigrants dans une catégorie et les Québécois de souche dans une autre. La société est beaucoup plus complexe.

 

Le personnage de Phuong (Alice Tran) en est le meilleur exemple. Fille de Hiên (Nguyen Thranh Tri), un immigrant boat people qui, arrivé au Québec, a exploité un dépanneur toute sa vie, Phuong est devenue une avocate talentueuse. Elle vit avec Alex (Mickaël Gouin), éternel étudiant sans le sou et sans envergure.

 

Lorsque Hiên, inquiet de la montée de l’extrême droite au Québec, suggère à Phuong de rentrer au Viêtnam, elle suit son conseil. Mais ce n’est pas parce qu’elle a peur des idées ultranationalistes du nouveau parti au pouvoir. Au contraire, elle dit tout haut qu’elles ont un certain sens !

 

Phuong laisse derrière elle non seulement son père et son amoureux, mais aussi Junior (Stanley Junior Jean-Baptiste), un gamin afrodescendant dont la mère Roseline (Schelby Jean-Baptiste) est la femme de ménage d’Alex et de Phuong. Incapable de s’occuper de Junior comme d’elle-même, traquée parce que ses papiers ne sont pas en ordre, Roseline a disparu dans la nature.

 

Alex, Hiên et Junior tenteront de retrouver la mère de ce dernier. Et c’est là que l’histoire prend un sens universel qui nous étreint le cœur. Leur errance prend de plus en plus la forme d’une nouvelle famille nucléaire. Avec ce choix scénaristique, le cinéaste donne une dimension insoupçonnée, et pourtant très plausible, à la définition du vivre ensemble entre gens du pays de tous les horizons.

 

Le jeu de chacun des acteurs est tout en retenue et se fait convaincant. Le comédien Nguyen Thranh Tri est particulièrement éclatant dans son rôle de père qui, entre la solidarité et la filiation, choisit la solidarité.

 

Avec son film, Ky Nam Le Duc ne se pose pas en donneur de leçons. Il se fait plutôt observateur sensible d’une réalité qui ne saute pas aux yeux même si elle existe. À savoir que le meilleur pays du monde est en chacun de nous, ne serait-ce que dans l’espoir d’un avenir meilleur.